Interview de Jean-Louis Borloo dans le Figaro du 09/09/2013

INTERVIEW – Le président de l’UDI défend l’idée d’un rapprochement avec François Bayrou. Paru dans le Figaro du Lundi 09 Septembre 2013

LE FIGARO.- Si aucune frappe n’était finalement décidée contre la Syrie, Bachar el-Assad ne le prendrait-il pas comme le signal qu’il peut tout faire?

Jean-Louis BORLOO. – Les attaques chimiques sont un crime contre l’humanité et l’absence de toute réponse risquerait d’être un mauvais message pour les dictatures. Mais peut-on pour autant décider de frappes militaires à quelques-uns sans l’ONU et sans une coalition très large? Et peut-on procéder à de telles frappes sans voir envisager la solution politique, c’est-à-dire le jour d’après?

L’ONU est-elle pour vous une étape obligée?

L’ONU n’est pas parfaite mais sa création, en 1948, après les plus effroyables drames de l’histoire de l’humanité, marque un progrès. À cette heure-ci, 100.000 soldats de l’ONU risquent leur vie pour le maintien de la paix dont 10.000 au Liban. Ce n’est pas une organisation que vous utilisez quand cela vous arrange et que vous contournez sinon. Je suis heureux que François Hollande ait décidé d’attendre les conclusions des experts de l’ONU. Mais quand bien même le Conseil de sécurité bloquerait, j’exhorte le président de la République, conformément à la résolution 377 à saisir l’Assemblée générale des Nations unies, instance de recours du Conseil de sécurité. C’est son droit et c’est son devoir. Cela s’est déjà produit plusieurs fois. La plus grande instance légitime du monde est l’Assemblée générale des Nations unies plus encore que le Conseil de sécurité. Intervenir militairement sans l’avoir saisie serait lourd de conséquence.

Que faites-vous de l’argument du «déshonneur» invoqué par Alain Juppé?

Je le partage mais j’entends aussi les chrétiens d’Orient, l’évêque d’Alep, les Kurdes et d’autres minorités sous la menace d’un risque djihadiste. Il n’y a pas d’un côté les vertueux et, d’un autre, les cyniques. Personne ne veut voir proliférer les armes chimiques. Le drame est une dictature d’un côté et un risque djihadiste de l’autre.

Le président doit-il consulter le Parlement avant d’agir?

Le président a le pouvoir et parfois le devoir d’engager des troupes avant un vote du Parlement mais dans ce cas très particulier sans mandat de l’ONU et après les choix anglais et américain, j’ai été le premier à demander que le Parlement se prononce. S’il ne le faisait pas et qu’il décidait des frappes, ce serait sa responsabilité, mais il serait indispensable qu’il s’entretienne avec les principaux responsables politiques français car quand la France est engagée, il faut tout faire pour l’union nationale. Ce qui serait inacceptable, c’est que des frappes soient décidées dans la foulée d’un vote favorable du Congrès américain, et que François Hollande demande au Parlement de se prononcer après coup.

Où en êtes-vous de votre rapprochement avec François Bayrou?

J’ai décidé, il y a neuf mois, de rassembler les familles dispersées du centre droit, car je suis convaincu qu’il n’y aura pas de perspective d’alternative à la majorité actuelle si l’UMP se retrouve dans un face-à-face avec le FN. Le parti unique de la droite n’a pas permis de victoire électorale massive, et l’absence d’une majorité marchant sur ses deux jambes l’explique en grande partie. Ne réitérons pas cette erreur! Dans le grand rassemblement opéré au sein de l’UDI, il ne manque au fond qu’un partenaire historique: le MoDem. François Bayrou est de plus en plus critique vis-à-vis de la gauche. Bâtir un projet ensemble a évidemment un sens. Nous le souhaitons.

À quelles conditions?

Il est hors de question de demander à François Bayrou de se renier. Son caractère, son chemin, sa différence sont des richesses. Je suis tout à fait d’accord avec lui pour ne pas être dans une opposition systématique, mais il faut une clarification de sa ligne politique et ses alliances. Cohabiter avec la gauche ne peut pas être un recours. Si cette clarification sans ambiguïté s’opère, il y aura forcément une concrétisation aux municipales et aux européennes. D’ailleurs aux municipales, nous sommes déjà ensemble face à la gauche sauf quelques exceptions.

Les six eurodéputés UDI élus avec l’UMP vont-ils accepter ce changement d’alliance?

Tous les européens convaincus doivent s’allier et défendre notre vision de l’Europe au Parlement.

Y aura-t-il en toute hypothèse un candidat centriste à la présidentielle de 2017?

2017 est encore loin mais nous avons forcément vocation à être présents et il y aura sans doute une primaire au centre. Après, soit le vainqueur se présente directement à la présidentielle, soit il participe à une seconde primaire citoyenne beaucoup plus large incluant la droite républicaine. Nous verrons, mais ce qui est sûr, c’est qu’une règle du jeu doit être rédigée et que nous ne nous tromperons pas d’adversaire.

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À propos

Conseiller de Paris, délégué auprès du Maire du XVIème arrondissement, chargé des affaires européennes et internationales, Vice-Président du Groupe UDI-MoDem au Conseil de Paris, Vice-Président du Groupe UDI à la Métropole du Grand Paris

Publié dans Coups de coeur, coups de gueule

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