Réforme de l’administration parisienne : on veut des actes pas des effets de manche ! @GroupeUDIModem

Conseil de Paris

Séance des 19 et 20 mai 2014

 

Intervention de M. Eric HELARD, vice-président du Groupe UDI-MODEM

 

 

2014 SG 1059 – Communication du Maire sur  les grandes orientations de réforme données à l’administration parisienne 

 

 

Madame la Maire,

Mes chers collègues,

 

Lors de la séance du Conseil de Paris du 25 février 2013, votre prédécesseur, Monsieur Bertrand Delanoë, avait fait une communication sur la gestion prévisionnelle des ressources humaines de la ville de Paris, à la suite des observations définitives de la Chambre Régionale des Comptes. Il était bien temps, après 12 ans d’exercice du pouvoir, de s’en préoccuper et votre communication de ce jour s’inscrit donc dans le droit fil de qui avait été seulement esquissé en fin de mandat.

J’avais à l’époque, au nom du groupe UDI, interpellé notre assemblée sur des points préoccupants qui restent aujourd’hui en suspens, malgré le lyrisme des formules souvent employées  dans votre communication.

 

Il faut  quand même rappeler qu’au cours de toutes ces années où vous étiez 1ère adjointe au Maire, il était difficile de tenir une comptabilité des conflits sociaux des agents de la ville tant ils étaient nombreux, agents qui profitaient d’ailleurs de nos séances du Conseil pour venir hurler leurs colères sous  les fenêtres de l’Hôtel de Ville : on avait fini par s’y habituer, mais cela témoignait à l’évidence d’une réelle souffrance des personnels de la ville et soulignait les limites de votre politique de gestion des ressources humaines.

Revendications, mécontentement, sentiment de dépréciation et absence de considération témoignent du malaise prégnant des personnels employés par la municipalité.

Il faut croire qu’ils ne ressentent pas vraiment ce que vous appelez aujourd’hui  avec emphase de vos vœux, faire des agents « le centre de gravité de l’administration  en reconnaissant leurs métiers et leurs activités. »

 

Pour ne citer qu’un exemple,l’enlisement de la grève des maîtres nageurs en 2012 qui avait généré 10 mois de fermetures intempestives  des bassins parisiens  reste dans les mémoires comme l’exemple parfait de votre incapacité à assurer le « meilleur service aux parisiens  » dont vous vous faites l’apôtre aujourd’hui.

Le problème n’est toujours pas réglé aujoud’hui.

 

Vous  axez votre communication sous le signe d’un gain d’efficacité de l’action des agents de la collectivité et d’un surcroît de considération : il n’est que temps ! Car enfin,

comment ne pas rappeler  le problème non résolu à  ce jour de l’absentéisme endémique des personnels de la ville avec un taux de 11% en  2012,  portant le nombre de jours ouvrés perdus en 2011 à plus de 1,15 million, soit environ 20 jours par an et par agent. » Est-ce concevable ?

L’impact financier pour notre collectivité est insoutenable dans un contexte budgétaire que vous jugez vous-même  difficile, et il se chiffre en dizaine de millions d’euros.

Ces graves dysfonctionnements  traduisent une déconsidération des agents et obèrent sérieusement l’efficacité des services rendus aux parisiens. Et je voudrais pourtant  à ce moment rendre hommage au dévouement des agents de la ville qui effectivement sont contraints de travailler pour une monstrueuse machine hyper-centralisée, avec des échelons hiérarchiques trop nombreux : vous reconnaissez vous-même que dans certaines directions,

– je vous cite – «  il peut parfois dépasser dix niveaux », ce qui convenons-le,  constitue réellement une perte d’efficacité redoutable ou plus personne n’est responsable de rien. Alors oui, il en faut du courage pour travailler dans de telles conditions ! Et parfois, le découragement l’emporte sur l’abnégation. La gestion de proximité, vous en parlez, mais en réalité, c’est la concentration de tous les pouvoirs à l’Hôtel de Ville qui pose problème : les agents de la ville seraient beaucoup plus heureux si les maires d’arrondissement avaient la possibilité de travailler avec eux au plus près du terrain : chacun se sentirait plus responsabilisé et même parfois plus respecté !

De la même manière, vous réaffirmez une petite musique

maintes fois entendue d’exigence accrue de proximité des

citoyens : diable !

Cela me rappelle furieusement le désir d’amélioration de la démocratie de proximité  de Bertrand Delanoë qui fut en réalité  dévoyée au profit d’une recentralisation sournoise, j’en veux pour preuve la  Charte des arrondissements adoptée en novembre 2010 qui  a témoigné de la tentation de mainmise du pouvoir central sur les mairies d’arrondissement.

 

Alors que l’esprit de décentralisation milite pour une  plus grande liberté accordée aux arrondissements dans leur gestion au quotidien, cette Charte est apparue, à la façon de la Charte des Conseils de quartier, comme le moyen d’encadrer les règlements intérieurs des arrondissements.

 

Il n’est ni question de co-décision, ni d’un légitime partage de l’autorité. A la maire de Paris le pouvoir de décision, la simple consultation demeurant l’apanage des maires d’arrondissement. Voilà la réalité ! Et, aujourd’hui, vous ne proposez rien de plus !

 

Une authentique décentralisation induirait l’existence d’un contrôle de gestion de l’exécution des états spéciaux, afin de satisfaire aux principes de transparence et de bon usage des deniers publics. A cet égard, il serait pertinent d’analyser les écarts dans la gestion des différents arrondissements et la ventilation des dépenses mandatées par type de dotation, avec une exigence de justification à l’euro près.

 

Une véritable volonté d’associer les citoyens et de rapprocher le service public des territoires passerait par une réforme du pouvoir des maires d’arrondissement et par l’attribution d’un véritable statut de l’opposition. C’est à l’obsolescence de la loi PLM, insuffisamment complétée par la loi du 27 février 2002 relative à la proximité, qu’il est urgent de remédier, en mettant fin au statut dérogatoire de

Paris. Mais cela, manifestement, vous n’en avez pas envie,     puisque rien de tel n’apparait dans vos intentions. S’agissant des Conseils de quartier : ces derniers seront dorénavant « systématiquement présidés par les habitants » : étonnant d’écarter ainsi d’un revers de main des élus de terrain souvent connus et reconnus dans leurs quartiers et dont personne n’a jamais entendu dire qu’ils empêchaient la démocratie de s’exprimer, bien au contraire…

Vous ajoutez  qu’ils seront associés aux projets d’investissement de la collectivité à hauteur de 5% des dépenses d’investissement, soit environ 70 millions d’euros annuels.  Dans le contexte de nécessaire contraction de la dépense publique et de chute libre des ressources parisiennes, permettez nous de douter de la pertinence de cette mesure, qui relève davantage de la démagogie que d’une réelle volonté de démocratie directe

 

Enfin, comment ne pas s’étonner qu’après avoir brocardé la proposition de l’UMP-UDI-Modem de procéder à une « révolution des horaires », que vous fassiez vôtre désormais cette préconisation. Vous  proclamez en effet dans votre communication l’importance de « prendre en compte l’évolution des usages des Parisiens » et de s’«adapter à leur mode de vie » L’ancienne adjointe au bureau des temps vient donc d’avoir une révélation !  Surprenant  quand on se souvient de la   violence de vos attaques  à ce sujet pendant la campagne électorale. Vous proposez ainsi de revoir les « cycles horaires des services publics », après lancement d’études de fréquentation et débat courant premier semestre 2015…que ne l’avez-vous fait dans les années passées ? Et si telle est vraiment votre intention, quel sera le périmètre des services publics concernés : Bibliothèques ? Crèches ? Piscines ? Le flou règne à tous les étages !

 

Quant aux réductions d’effectifs, « au lieu d’adopter des mesures de réduction des effectifs systématiques et indifférenciées, la municipalité prétend miraculeusement s’engager « dans une démarche de responsabilité » Là encore, comment vous croire car c’est très exactement ce que le groupe UDI a toujours réclamé et que votre exécutif a constamment refusé !

 

Cette prétendue « transversalité » avec « réduction du nombre d’échelons hiérarchiques » devrait se traduire par des propositions des directions d’ici octobre 2014

 

C’est ce que la droite et le centre ont réclamé notamment durant la campagne, et en amont durant les mandats exercés par Bertrand Delanoë : alors, s’agit-il d’un changement ou d’un reniement ?

Car cela pose des questions en termes de redéploiements des effectifs : si l’on diminue le nombre d’échelons, on augmente par-là même le nombre d’agents redistribués au sein des échelons restants.

Une réduction du nombre d’agents est-elle envisagée ? Le cas échéant, de quelle manière ? En ne renouvelant pas les contractuels ? En mettant fin aux détachements ?

S’agit-il également d’une remise en question des opportunités de promotion dont le processus est déjà sérieusement entaché par le fait que la Ville « confie les emplois supérieurs dans une large mesure à des fonctionnaires de l’Etat qui monopolisent de fait tous les emplois les plus élevés, au détriment des cadres de la Ville et de la Fonction publique territoriale » ?

Une partie du personnel à « haut potentiel » se trouve bloquée sous le plafond de verre des emplois réservés aux hauts fonctionnaires en détachement, rendant caduque l’investissement de la collectivité au titre de la formation

La défense de la Ville reposant sur sa spécificité et s’accommodant de ce que « parmi les 41 emplois de secrétaire général, secrétaire général adjoint, directeur et directeur adjoint, 36% soient des agents de la Ville » est loin de répondre aux enjeux d’une promotion interne dynamique, dans un esprit de considération et de reconnaissance des personnels qualifiés et motivés.

A ce titre, il serait opportun que le bilan social de la collectivité s’enrichisse des éléments détaillés relatifs à la promotion interne de ses cadres, indiquant le nombre d’agents de catégorie A concernés, la nature des postes pourvus et le total des places disponibles, afin que l’ensemble des élus du Conseil de Paris puissent en avoir une juste connaissance.

 

Quant à la démarche d’évaluation des structures, observatoires et comités, avec formulation de propositions d’évolutions d’ici octobre, elle reprend l’esprit de la délibération commune du groupe UMP et de la majorité du groupe UDI-Modem, à la différence notable qu’il ne s’agit pas d’un audit par un cabinet indépendant, mais d’une évaluation interne.

A ce sujet, ne pourrait-on pas associer l’Inspection générale plutôt que de faire reposer cette démarche sur la simple déclaration des Directions, d’autant qu’il n’est rien de plus difficile que de s’évaluer soi-même ? C’est notamment l’idée défendue par le sénateur Yves Pozzo di Borgo.

Enfin, le « chantier de simplification de la fonction financière et budgétaire » est énoncé sans plus de détail…

Raison de plus pour que l’exécutif vote notre vœu commun sur la transparence et l’efficacité de la procédure budgétaire !

Bref, de la déclaration d’intention et de bons sentiments à la réforme effective, il y a bien un fossé que vous risquez  bien de ne pas vouloir franchir,  et ce au détriment des agents de la collectivité parisienne.

 

Je vous remercie

 

 

 

Publicités
À propos

Conseiller de Paris, délégué auprès du Maire du XVIème arrondissement, chargé des affaires européennes et internationales, Vice-Président du Groupe UDI-MoDem au Conseil de Paris, Vice-Président du Groupe UDI à la Métropole du Grand Paris

Publié dans Coups de coeur, coups de gueule

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Twitter : Alternative_16e

Rejoignez 1 573 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :