«Paris: la farce participative d’Anne Hidalgo, paravent de son inaction», Tribune collective dans « L’Opinion »

« La mairie fait passer dans son budget participatif des projets qui font normalement partie de ses compétences – et dépenses – obligatoires », dénoncent 16 élus de l’opposition parisienne.


Cette année encore, Anne Hidalgo se félicite d’avoir (ré)inventé la démocratie participative avec un simple chiffre : 100 millions d’euros dévolus au budget participatif. Le budget participatif est une belle idée mais, à Paris, il souffre de deux problèmes : ce n’est pas un budget et il n’est pas participatif.

Un budget, c’est une comptabilité transparente. Hélas, personne ne sera jamais en mesure de contrôler la conception et l’exécution d’un projet mis en ligne par la mairie de Paris. Les montants affichés ne sont jamais expliqués et ne peuvent pas être contestés, il est demandé d’accorder une enveloppe en bloc, sans possibilité de l’interroger, de l’évaluer et de la suivre. Malgré les appels répétés de l’opposition au conseil de Paris, le chiffrage reste opaque, il ne peut pas être revu, ni à la baisse quand la mairie chiffre quelques jardinières à 15 000 euros, ni à la hausse quand certains équipements supposent un entretien. La mairie aménage un potager, qu’il dépérisse n’est plus de son ressort.

« Participation », dans le langage d’Anne Hidalgo, signifie simplement ouvrir aux Parisiens, pendant deux semaines, la possibilité de dire oui. Et encore faut-il s’entendre sur cette qualité de Parisien : il suffit d’une simple adresse e-mail pour prendre part à des décisions qui engagent la vie et les finances de Paris. Or, puisqu’un projet n’a besoin que d’une centaine de votes pour être adopté, son concepteur a tout loisir de gonfler les voix en multipliant les identités numériques. Ce qui est sans conséquence sur une banale consultation en ligne devient autrement plus problématique quand il est question de subventions de plusieurs millions d’euros… Fort heureusement, dans ce système, une faille en compense une autre : dans de nombreux cas, la décision votée est finalement enterrée parce que les services de la ville de Paris n’ont pas eu le temps d’expertiser les projets et que ceux-ci se révèlent irréalisables.

Pas ma faute. On pourrait objecter que tout cela n’est pas très grave, que ce budget participatif tel qu’il est proposé aux Parisiens – ou, plutôt, ce plébiscite tel qu’il est ouvert aux internautes – n’est, après tout, qu’un coup de communication. Malheureusement, ce coup de communication d’un demi-milliard d’euros en cinq ans a des coûts encore plus profonds et graves, pour la vie quotidienne des Parisiens et pour le fonctionnement de la ville.

Depuis l’avènement du budget participatif, la mairie fait passer dans cette enveloppe des projets qui font normalement partie de ses compétences – et dépenses – obligatoires. C’est ainsi que la réfection des trottoirs, l’installation de ralentisseurs ou même la rénovation des écoles semblent désormais relever du choix des Parisiens et non du devoir de la municipalité ! C’est d’autant plus pernicieux qu’il leur est, en creux, demandé d’arbitrer entre les projets, c’est-à-dire certes d’en soutenir mais aussi d’en exclure : au terme du budget participatif de 2019, il est donc décidé que la sécurisation du gymnase Japy dans le XIe arrondissement attendra, de même que le réaménagement de l’arrêt de bus Bartholomé pour les personnes à mobilité réduite dans le XVe arrondissement, ou la réhabilitation du jardin Tino-Rossi dans le Ve… A ceux qui s’en plaignent, Anne Hidalgo fera sa réponse favorite : « Ce n’est pas ma faute, les Parisiens ont choisi ! ».

« La politique de la maire est à l’image des arbres en pot dont elle orne chacun de ses projets : sans racine, sans effet, purement cosmétique »

 

La participation des citoyens doit donner de la voix et des bras pour remettre la démocratie en action, elle devient un paravent pour masquer l’inaction. Cette dérive est symptomatique de la gouvernance d’Anne Hidalgo dont la communication s’affranchit de tous les intermédiaires sous prétexte d’établir un lien direct entre elle et les Parisiens et met les élus, les associations et l’administration devant le fait accompli. Le maire d’arrondissement qui voudrait savoir si le square de son quartier sera rénové devra attendre début septembre, comme tout le monde, de voir si la mairie de Paris a retenu ce projet dans son budget participatif.

Trompe-l’œil. Cette politique du fait accompli se retrouve dans toutes les décisions de la maire de Paris : c’est ainsi que nous, élus du conseil de Paris, avons appris dans la presse qu’Anne Hidalgo allait créer une police municipale (après s’y être opposée pendant des années), inventer des « forêts urbaines » au cœur de Paris (sans ne s’être jamais renseignée sur leur faisabilité), ou encore plus récemment, suspendre le projet de rénovation de la gare du Nord (qu’elle venait pourtant à peine de faire voter). Plus inquiétant que réconfortant, nous avons à chaque fois constaté que nos collègues de la majorité ignoraient également tout de ces décisions !

Au-delà de divergences que nous pouvons avoir sur l’action de la maire de Paris, notre plus profond désaccord porte sur son mode d’action. C’est du jamais vu. Anne Hidalgo a fait du trompe-l’œil sa marque de fabrique : peindre les places en vert pour faire écologique, racheter des immeubles à prix d’or pour faire social, organiser des votes citoyens pour faire démocratique… Sa politique est à l’image des arbres en pot dont elle orne chacun de ses projets : sans racine, sans effet, purement cosmétique.

Si nous voulons l’alternance en 2020, ce n’est pas tant à cause de ce qu’Anne Hidalgo prétend vouloir faire mais de ce qu’elle prétend avoir fait. Il est plus que temps de proposer une alternative à cette grande farce participative, qui cautionne l’inaction de la maire de Paris face à ses obligations.

Julien Bargeton est sénateur et conseiller de Paris. Pierre Auriacombe et Eric Azière sont conseillers de Paris. Delphine Bürkli est maire du 9e arrondissement. Leïla Diri, Jérôme Dubus, Jean-Baptiste de Froment, Didier Guillot, Marie-Laure Harel, Eric Helard, Olga Johnson, Thomas Lauret, Fadila Mehal, Valérie Nahmias, Déborah Pawlik, Anne Tachene Fremont et Alexandre Vesperini sont conseillers de Paris. Ils sont membres des groupes Démocrates et progressistes, LR et indépendants, Parisiens progressistes, constructifs et indépendants ou UDI-MoDem au Conseil de Paris.

 

Retrouvez la Tribune dans « L’Opinion » : https://www.lopinion.fr/edition/politique/paris-farce-participative-d-anne-hidalgo-paravent-inaction-200100?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=barre-partage-site

 

 

 

 

À propos

Délégué départemental de la Fédération UDI de Paris, Conseiller de Paris, délégué auprès du Maire du XVIème arrondissement, chargé des affaires européennes et internationales, Vice-Président du Groupe UDI-MoDem au Conseil de Paris, Vice-Président du Groupe UDI à la Métropole du Grand Paris

Publié dans COUPS DE COEUR, COUP DE GUEULE

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